Arts martiaux vietnamiens

Présenter le Vo Thuat (« arts martiaux », en vietnamien) n’est pas une tâche aisée. En effet, les écoles ont été, et sont toujours, nombreuses, diverses, et, jusqu’à très récemment, échappent à toute structuration. Leur histoire, intimement liée à l’histoire de ce pays constamment en butte aux invasions, est faite de multiples influences : chinoises, principalement, mais aussi indonésiennes, tibétaines, … Du fait des occupations successives, il reste peu de traces de la pratique du Vo au Vietnam, et ce d’autant plus qu’elle fut, le plus souvent, obligée de progresser clandestinement.

Depuis quelques dizaines d’années, on a vu naître des tentatives d’unification et de structuration du foisonnement d’écoles et de styles, parfois rivaux, sous forme de fédérations. Aux yeux de certains, cela pose la question d’un risque d’appauvrissement et d’uniformisation, et les difficultés rencontrées, en France particulièrement, sont peut-être en effet le signe d’un certain contre-sens, historique et culturel…

Vo Thuat : Présentation générale

Vo Thuat : Étymologie

« Vo Thuat » est l’expression vietnamienne pour « arts martiaux », ou encore « art de pratiquer des techniques martiales », « Vo » signifiant « guerre, combat », et « Thuat » signifiant « techniques ». C’est l’équivalent du terme « Wu Shu » en chinois, ou « Bujutsu » au Japon, et les idéogrammes sont d’ailleurs identiques.

Rappelons, à toutes fins utiles, qu’il faut nuancer cette traduction. En effet, l’expression « art martial », en français, lui-même issu de l’anglais « martial art », rend mal compte de la nuance initiale, le terme « martial » - « du dieu Mars »- renvoyant à une idée d’agressivité, de violence, voire de fureur sanglante. Or, l’idéogramme pour Vo/Wu/Bu illustre une main (un guerrier) qui arrête une lance. A l’opposé des connotations de « martial » en français, nous nous trouvons donc ici face un concept de non violence, face à l’idée d’éviter l’usage des armes, d’arrêter le coup porté par l’ennemi. Ainsi se trace un portrait du combattant plus proche de notre notion du « chevaleresque », avec ce que cela implique de bravoure, et, surtout, de rectitude morale. Ainsi, le sens de « Vo Thuat » (ou Wu Shu) serait plutôt « art de celui qui s’oppose à la violence »1,2.

 

Le « Dao » (la Voie)

Un concept fréquemment associé au Vo est celui de « Dao », la voie, au sens spirituel du terme, réunissant tous les principes de vie et conduisant à la sagesse (« Tao » en chinois, « Do » en japonais). On le retrouve dans le nom de nombreuses écoles, où il vient souligner le fait que l’apprentissage du Vo ne se limite pas à l’acquisition de techniques de combat, purement physiques, mais, bien plus largement, englobe quantité d’autres apprentissages : connaissance de soi, éthique, tactique et stratégie, techniques prophylactiques, etc.

Dans cette optique, le Vo Thuat offre à ses pratiquants les extraordinaires richesses culturelles accumulées tout au long de son histoire, au travers de poèmes et de récits (les « Bài thiêu » qui accompagnent les Quyên, par exemple), de pensées philosophiques, de connaissances d’ordre médical, etc, et vise au développement global de l’individu : externe (force, souplesse), interne (énergie, santé), intellectuel et moral3.

 

Origines : « Ajouter, modifier, assimiler, ne jamais s’assujettir »

Les arts martiaux traditionnels vietnamiens sont nés dans les campagnes et les villages. Des fouilles archéologiques (Dong Son) témoignent de l’existence, dès la préhistoire et la haute antiquité, de techniques guerrières utilisées par les anciens Vietnamiens. Cet art du combat servait aux cultivateurs et paysans de moyen de défense et de survie, à un niveau local, d’abord, et ensuite, du fait de sa situation géographique, pour lutter contre les multiples tentatives d’invasion et d’occupation de leurs belliqueux voisins : la Chine, surtout, mais aussi les Mongols par exemple, et ensuite, bien plus tard, la France, le Japon et les États-Unis enfin. C’est au cours de cette histoire, dans ce creuset particulier qu’est le Vietnam, que le peuple vietnamien a créé et enrichi ses propres techniques, dans un mouvement d’influences réciproques.

S’il est indéniable que les arts chinois, principalement, ont influencé la pratique martiale au Vietnam, et que certaines écoles vietnamiennes anciennes ou actuelles y trouvent directement leur source, le Vo Thuat ne peut être considéré comme un pâle ersatz des arts martiaux chinois. Suivant le vieil adage « Ajouter, modifier, assimiler, ne jamais s’assujettir », les maîtres vietnamiens ont nourri leur pratique des apports chinois, mais en adaptant tous ces enseignements aux us et coutumes vietnamiens. À ce sujet, il faut d’ailleurs ajouter ceci : bien que les Vietnamiens se sentent assez proches du peuple chinois, et admirent leur civilisation, ils sont toujours restés prudents, méfiants, et ont veillé à se protéger en modifiant tout ce qu’ils en ont appris. Ainsi, le système d’écriture d’ancien vietnamien était semblable en apparence à celui de la Chine, mais illisible pour un natif chinois. Les maîtres de Vo Thuat ont procédé de la même manière pour développer leur art martial, avec le souci d’en préserver la richesse, et les secrets…4

Ainsi, le Vo Thuat, riche de ses influences chinoises, mais aussi indonésiennes ou tibétaines, peut se targuer d’une réelle authenticité, ancrée dans une mentalité spécifique, une culture riche, et une histoire bien particulière.

 

L’entraînement

Le Vo Thuat, comme tous les arts martiaux, inclut différentes techniques de combat : combat à mains nues, coups de poings et de pieds, et maniement de nombreuses armes traditionnelles.

À la différence de certains arts martiaux d’autres cultures, le Vo Thuat a à cœur de conserver une grande souplesse d’approche, préférant guider l’apprenant (Vo Sinh) sur la voie de sa pratique que le contraindre à l’exacte reproduction. Autrefois, la pratique n’était pas limitée par un programme unique, figé, et chaque Vo Sinh choisissait son chemin (ou plutôt, son maître l’amenait à le découvrir…) en fonction de sa morphologie et de son tempérament. Dans certaines écoles, il était même établi un horoscope pour chaque élève afin d’établir le profil de sa pratique personnelle. C’est pour cette raison aussi qu’il existe un si grand nombre d’enchaînements par école, de façon à multiplier les possibilités d’un travail personnalisé, et de permettre à chacun de trouver des formes correspondant au mieux à sa propre personnalité.

C’est du moins ainsi que le veut la tradition, mais c’est un aspect du Vo Thuat auquel se heurtent les actuelles tentatives d’unification et de structuration des différentes écoles. Sous l’influence européenne, cartésienne, et de par la nécessité, il faut bien le dire, de se fédérer pour des raisons pratiques (reconnaissance, organisation de rencontres, subventions,…) la tentation de standardiser les techniques est bien là, au risque d’étouffer l’extraordinaire richesse du Vo Thuat, et de trahir son esprit-même5. Au Vietnam, la Fédération des Arts Martiaux a résolu ce ‘problème’ en établissant un tronc commun pour le Vo Co Truyen, chaque école restant par ailleurs libre de son programme.

Formes / Techniques de base

Guidé par son maître (Vo Su), le pratiquant (Vo Sinh) apprend à maîtriser les différentes techniques. Les formes de base sont traditionnellement divisées en trois grands groupes :

  • les postures
  • formes des membres supérieurs (coup de poing, mains, doigts, coude, …)
  • formes des membres inférieurs (coups de pieds, …)

Ces formes de base sont travaillées sous forme d’enchaînements, de séquences complexes de mouvements, propres à chaque école : le quyên.

 

Quyên (Bai Quyen / Thao Quyen)

En France, ces enchaînements sont appelés « Quyên ». Cette appellation est impropre, mais néanmoins solidement implantée, acceptée, et nous continuerons donc à l’utiliser…

Étymologiquement, « Quyên » signifie « poing, boxe ». Par glissement, on en est venu à utiliser le terme Quyên en lieu et place de « Bai Quyên » (leçon de boxe), puis, lui accordant le sens de « série de mouvement de combat » il est venu remplacer « Bai Thao » (leçon d’enchaînement) ou « Don Luyen » (entraînement en solo, enchaînement tout seul). Aujourd’hui, la plupart des écoles francophones utilisent donc le terme Quyên, ou Thao Quyên, pour désigner leurs enchaînements à mains nues (et parfois même avec armes).

On entend souvent que « Quyên » serait l’équivalent du japonais « Kata ». Ce n’est pas tout à fait exact. Premièrement, comme on vient de le dire, Quyên ne concerne que les enchaînements à mains nues (sans arme). Deuxièmement, et plus essentiellement, il y a une vraie différence au niveau du sens profond. Kata, en japonais, désigne la forme, le moule, la copie conforme et parfaite. L’idéogramme qui le représente existe aussi au Vietnam (« hinh »), mais n’est pas utilisé en arts martiaux. Pourquoi ? Parce que qu’il n’y a pas, dans le Vo Thuat, de concept de modèle ou de perfection à atteindre. Le pratiquant doit apprendre, mais surtout comprendre, sentir le mouvement, en capter l’essence, et le faire sien6,7.

Traditionnellement, chaque Thao Quyên est accompagné d’un titre (une appellation imagée) et d’un poème (« Bài thiêu ») qui, pour l’initié, en éclaire le sens.

2 commentaires pour “Arts martiaux vietnamiens”

  1. Ahhh voici un descriptif sur le Vo Thuat très riche, complet… et honnête ;)

    J’en apprend encore, même après 7 ans de pratique. Merci pour ce partage, j’adore recevoir de la bonne information ;)

    Fabien

  2. Bienvenu sur notre site Fabien

    Connaissais tu l école SON LONG QUYEN THUAT

    Merci pour tes commentaires. Au plaisir de te lire

    Orlando

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